2011 tire à sa fin! Et comme c’est la coutume en cette période de l’année, une multitude de palmarès culturels hauts en couleur (télé, musique, cinéma) pullulent aux quatre coins du web. Afin de perpétuer cette belle tradition, voici une galerie vidéo mettant en vedette les décomptes créatifs produits par l’équipe d’ARTV pour souligner les 10 ans de notre chaîne!
Certains de nos téléspectateurs les ont sûrement déjà vus à la télé. Pour tous les autres, ou pour ceux qui aimeraient revoir la série dans son intégralité, voici sans plus tarder nos décomptes et leurs talentueux créateurs: 5, 4, 3, 2, 1, action!
ARTV VISUELS
MAGIE
MODE
CINÉMA
CUISINE
CRÉDITS
Indicatifs Arts visuels, Magie et Mode
Designer: Étienne Dicaire
Motion Designer: Jonathan Harnois
Indicatifs Cinéma et Cuisine
Designer/motion designer: Amélie Tourangeau
Directeur, stratégies et contenus créatifs: Luc Leblanc
Chargée de projets, image et positionnement: Marie-Ève Tremblay
Ce côté obscur de la conservation du patrimoine culturel constitué par les oeuvres d’art public enracinées en sol québécois est le thème central du film « Scrapper l’art », de Suzanne Guy, diffusé demain, mardi 6 décembre, 20 h 30 sur ARTV. En rappel: mercredi 15 h, jeudi 10 h et dimanche 14 h.
L’année 2011 marque le 50e anniversaire de la création de la politique du 1% ou la politique québécoise d’intégration des arts à l’architecture. Cette politique consacre un montant d’argent pouvant aller jusqu’à 1% du budget total d’un édifice public pour la création d’une oeuvre d’art.
Bien que, grâce à cette politique, près de 1000 artistes québécois aient pu enrichir de façon créative notre paysage architectural, il y a eu quelques failles à garantir la conservation d’oeuvres d’artistes tels que Jordi Bonet, Yves Trudeau, Pierre Leblanc, Raymond Mitchell, Suzanne Tremblay, Pierre Bourgault, pour n’en nommer que ceux-là…
Afin de mieux comprendre la démarche qui a motivé son auteure et en guise de préambule à la diffusion du film prévue demain, ARTV a rencontré pour vous la réalisatrice de « Scrapper l’art » et de la série « Vu par hasard », la documentariste Suzanne Guy.
Est-ce que tu peux me nommer 5 œuvres d’art public québécoises existantes que tu aimes?
Le jardin de sculptures de Melvin Charney, devant le Centre Canadien d’Architecture à Montréal
Mort, espace, liberté de Jordi Bonet, murale du Grand théâtre de Québec
Fontaine Éclatement II de Charles Daudelin, devant la Gare du Palais à Québec
Tant de soleils et (Mer de monde) installées à demeure, de François Mathieu à Paspébiac
La joute de Riopelle, sculpture-fontaine dans le Quartier International de Montréal
Quel est le parcours qui t’a conduit à faire du cinéma et à t’intéresser aux arts visuels et à l’art public?
Depuis l’enfance les arts visuels ont été dans ma vie. Puis j’ai fait mes études universitaires dans ce domaine. Le cinéma était là aussi, avec mon désir d’animer mes photos et de raconter la vie de gens qui n’avaient pas de « voix » pour dire ce qu’ils vivaient. Je pense que le premier film documentaire qui m’a fait dire « Je veux faire ça! », c’est le film « Au pays de l’ombre et du silence » de Werner Herzog… L’histoire est celle d’une femme sourde et aveugle qui part à la rencontre de ses semblables… Faire des images, raconter une histoire documentaire sur une personne qui n’avait jamais vu ni entendu me paraissais un défi fabuleux et un pari gagné pour le cinéaste. Très inspirant!
Que veut dire « scrapper » l’art?
Le titre de mon film, je l’ai entendu crier dans ma tête, ou plutôt dans mon cœur en faisant la recherche. Scrapper selon moi veut dire arracher violemment, enlever un couche de couleur, de texture, de sens…
Donnez-moi quelques exemples d’oeuvres d’art « scrappées »?
L’homme couché, de Jordi Bonet, à Jonquière
Les oeuvres de la Mairie de Arvida, de Jordi Bonet, Arvida
La murale de Suzanne Tremblay, Aérogare de Bagotville
Hommage à Alphonse Desjardins, de Yves Trudeau , Montréal
Le cheval de Troie, de Pierre Bourgault, Ville de La Baie
Pourquoi avoir fait le film Scrapper l’art? Qu’est-ce qui t’a conduit à entreprendre ce projet?
Je connais beaucoup d’artistes qui ont vécu le peu de considération que l’on a pour leur travail. Le sujet s’est imposé à moi à la vue d’œuvres massacrées, d’autres disparues. À l’écoute de témoignages bouleversants de la part d’artistes…
Est-ce que la reconnaissance / notoriété publique d’un artiste contribue à la préservation de ces œuvres publiques?
Pas toujours, non. C’est plutôt la valeur monétaire, l’évaluation de ses œuvres qui peuvent faire reculer ceux qui voudraient se débarrasser d’une murale, d’une sculpture ou de tout œuvre d’art de cet artiste ou de sa succession.
Quelle place faisons-nous à l’art visuel dans nos vies, dans notre histoire?
Malheureusement pas une grande place. Nous sommes assez peu fiers de nos artistes peintres, sculpteurs, etc., et tous les artistes en art visuel en général, parce que peut-être nous ne les connaissons pas! Parce que nous ne leurs faisons pas beaucoup de place sur le devant de notre scène médiatique. Nous ne leurs faisons pas de place dans nos vies.
A-t-on abandonné l’art public?
Alors là, NON! L’art public est plus vivant que jamais. Nous célébrons d’ailleurs cette année, en 2011, le 50e anniversaire de la Politique d’intégration des arts et de l’architecture au Québec. Au-delà de 3,000 œuvres parsèment notre territoire, dans les 17 régions administratives du Québec. Et des centaines d’artistes de talent créent des œuvres dans ce cadre, pour nous tous!
Quels acteurs devrions-nous mobiliser pour garantir la conservation de l’art public?
Premièrement je ne dis pas que « tout » doit être conservé. Nous devons, comme société, nous poser de véritables questions sur la pérennité de l’art public, et les modalités pour arriver à un discernement juste sur la situation. Nous nous devons de faire respecter les engagements de ceux qui deviennent les propriétaires, et les gardiens des œuvres d’art public de La Politique d’intégration des arts. Nous devons aussi faire un effort d’éducation et de médiation culturelle autour de nos œuvres d’art public.
Comment expliquer que des œuvres d’art public soient encore détruites aujourd’hui?
L’indifférence, l’ignorance. Le peu d’éducation, d’enseignement sur ce qu’est une œuvre, un artiste… Le peu de visibilité et de respect des artistes qui œuvrent en art visuel.
Suzanne en entrevue à la radio aujourd’hui
Suzanne sera également de passage à l’émission Desautels aujourd’hui, lundi 5 décembre à 16 h 15, pour parler de son film « Scrapper l’art ». On pourra aussi l’entendre aujourd’hui à l’émission Temps libre à Radio Ville-Marie, elle y parlera de sa série « Vu par hasard » et de « Scrapper l’art » entre 17 h 00 et 17 h 30.
Avec Melancholia, Lars Von Trier propose un de ses meilleurs films. Si l’homme est névrosé, maladroit et s’exprime souvent mal en public (il a été déclaré persona non grata à Cannes après des propos douteux tenus lors de l’édition 2011 du Festival de Cannes – lisez ici un retour sur l’événement), le cinéaste peut être génial.
Pour plus de détails sur le synopsis et les interprètes, je vous invite à lire ceci.
Si j’ai rapidement été happée par la beauté des images, le synopsis m’a d’abord déroutée. Le danger de collision d’une planète avec la Terre est intimement lié à deux sœurs aux personnalités si différentes, dont l’une est affectée par une profonde dépression. Je vous avoue avoir vécu un sentiment de perplexité à grands «coups de sourcils».
Dans une entrevue accordée aux Cahiers du cinéma (juillet-août 2011, no 669), le cinéaste explique les réflexions qui ont inspiré ce drame psychologique de science-fiction (un genre plutôt rare…) :
« J’ai fait des recherches sur la mélancolie. Dans l’antiquité, le mélancolique était censé en savoir plus, il savait le futur, ou possédait une plus grande connaissance. Et il y a toutes ces théories des humeurs sur les fluides corporels, liées aux trajets des planètes. Le mélancolique est d’ailleurs lié à une planète, Saturne. Et j’aimais l’idée d’absorption, que la planète absorbe tout. C’est une métamorphose de la manière dont la mélancolie absorbe les personnes. »
Et quoi de mieux que l’esthétique romantique pour habiller ce récit à la fois étouffant et cathartique. Les images aux couleurs saturées, dont certaines évoquent clairement des œuvres picturales romantiques, m’ont littéralement éblouie. On ne peut passer sous silence le thème de l’opéra Tristan et Isolde, de Wagner, qui accompagne une grande partie du film. Comme le témoigne cet essai publié dans la revue La règle du jeu , il est rare d’atteindre une si grande osmose entre un film et sa trame sonore. Cette œuvre de Wagner sera sans doute indissociable de Melancholia. Certains puristes diront que j’exagère… On en reparlera dans quelques années!
Alors que Lars Von Trier offre avec Melancholia une proposition cinématographique où les genres se mélangent dans une grande envolée lyrique, Sébastien Pilote propose avec son premier long métrage Le vendeur une œuvre d’un réalisme déconcertant aussi subtil que contemplatif.
Pierre Landry a rencontré pour Les Rendez-vous ARTV le réalisateur et les interprètes du film:
Voilà un film qui me rend fière de la production cinématographique québécoise. Un film qui porte une signature et qui réussit à aborder des thèmes universels (la solitude, la vie dans les régions économiquement fragiles) tout en demeurant ancré dans l’identité québécoise. Dans le rôle du vendeur, Gilbert Sicotte offre son interprétation la plus touchante, toute en retenue, depuis longtemps. Il évolue dans les magnifiques images d’hiver du directeur photo Michel La Veaux, connu entre autres pour son travail dans Ce qu’il faut pour vivre, Trois temps après la mort d’Anna ou Roger Toupin, épicier variété.
Le 13 novembre dernier, le Gala alternatif de la musique indépendante du Québec, GAMIQ pour les intimes, récompensait au Théâtre Plaza, les meilleures parutions indépendantes de l’année 2011. Fonctionnant selon un mode de scrutin démocratique, c’est-à-dire sans restrictions à l’égard des affiliations et ouvert en partie au public, le GAMIQ est, depuis 2006, année de sa création, le baromètre annuel de la santé musicale de la scène émergente du Québec.
Le GAMIQ est un peu comme le canari qu’emportaient autrefois avec eux les mineurs. Si un gaz toxique venait à s’échapper des galeries où ceux-ci travaillaient, l’oiseau en cage était le premier à s’empoisonner. Le canari représentait à la fois leur salut et un signal d’alarme. Comme le canari dans la mine, la musique émergente est souvent la première victime d’une atmosphère culturelle empoisonnée. La scène émergente québécoise se porte-t-elle bien?
Le canari chante-t-il encore allégrement dans sa cage?
Afin d’appuyer la mission du GAMIQ et les efforts de la scène émergente locale, nous aimerions rendre hommage dans ce billet aux lauréats récompensés dimanche dernier et faire découvrir leur travail remarquable, souvent méconnu, faute de moyens, à tous les internautes convaincus du besoin d’encourager la création indépendante.
Danse Danse présentait Fragments – Volume I du chorégraphe Sylvain Émard. Une œuvre marquante, où la créativité du chorégraphe est portée par quatre artistes magnifiques. Fragments – Volume I se veut un collage de courtes pièces, trois solos et un duo, et dépeint l’état d’urgence de ses quatre interprètes, soit trois danseurs et une comédienne.
L’œuvre s’ouvre sur un solo de Manuel Roque. L’artiste est présenté à l’envers sur une chaise, sous une lumière saisissante, agressive et avec une musique qui cadre parfaitement avec l’ambiance du solo qui va suivre. Peu à peu, en parfait contrôle de ses mouvements, l’artiste s’exécute avec précision. J’ai ressenti immédiatement un malaise et une incompréhension, accentués par l’environnement qu’habite Manuel Roque. Le solo parfaitement exécuté pose les bases de ce qui va suivre.
On poursuit avec le solo captivant et saisissant de Catherine Viau. En parfaite maîtrise de ses mouvements, elle nous captive par ses mouvements imprévisibles, mais également par l’interprétation qu’elle livre à travers le corps qui l’habite, cet état qu’elle tente de vaincre. Assis tout près de la scène, j’ai ressenti l’angoisse et l’urgence qui l’habitait. La précision de ses mouvements et l’espace qu’elle occupe parfaitement ajoutent à ce solo, que j’aurais voulu sans fin.
Puis c’est le solo de Monique Miller, grande interprète du théâtre. Dans ce segment, elle avait l’air perdue, à la recherche de quelque chose de tangible, de familier. Plutôt minimaliste, elle occupe cependant l’espace avec une grande présence, ressentie dans ses moindres détails, ce qui lui permet d’habiter la scène et de me faire entrer dans son état d’urgence. De ses gestes minimes, mais bien sentis, elle est venue me chercher par son regard sans fond, perdu au loin. Des images marquantes et puissantes.
Fragment s– Volume I se termine par le duo de Laurence Ramsay et Manuel Roque. Un duo tout en puissance, qui se déchire et se rapproche, tantôt dominé, tantôt dominant. Je suis resté cloué à mon fauteuil tout au long de leur prestation, admirant leur présence, leur immense talent et la maîtrise de leur corps. Lumière et trame sonore soutiennent la qualité de leur duo, imprègnent l’atmosphère et nous entraînent. J’en redemanderais. Des images fortes, une complicité ressentie.
Sylvain Émard m’a sorti de ma zone de confort : j’assistais, témoin, à la naissance de quatre univers distincts, mais liés à cet état d’urgence. Sylvain Émard a construit une œuvre à la hauteur du talent de chacun de ses interprètes, et c’est ce qui ressort de chaque tableau. Je me sentais englouti dans cet univers; les quatre tableaux étaient tout simplement captivants par la qualité d’exécution, mais aussi du fait de la scène que chacun des interprètes a su brillamment utiliser. La trame sonore, la scène épurée et le jeu de lumière ajoutent à la complexité des genres. À travers la vision de ce chorégraphe, les artistes ont su rendre crédible le mal qui les habitait, si complexe et abstrait soit-il, grâce à la précision de leur exécution, au contrôle de leur corps et à la qualité de leur interprétation. J’en suis sorti remué et songeur, profondément marqué par le talent des quatre artistes, par des images puissantes et saisissantes, et ce, dans les quatre tableaux. Tout simplement magnifique. À voir.
Volume I sur la route
2 mars 2012, 13 h (jeune public) et 3 mars 2012, 20 h (grand public) @ Enwave Theatre, DanceWorks, Toronto.