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Cadavre Exquis 2.0

Un conte interactif d’ARTV

On vous invite à participer à la rédaction collective d’un conte. Dans l’esprit des surréalistes qui ont créé au début du siècle dernier cette technique interactive d’écriture, le cadavre exquis 2.0 d’ARTV évoluera au fil de vos écrits et de la participation de personnalités de la chaîne et d’auteurs reconnus.

Au bout du compte, c’est VOUS qui lui donnerez son style, son ampleur et son point final.

Claude Meunier est le premier à se lancer dans ce délire textuel. La suite vous appartient. Prêt? À vos plumes!

Pour participer, écrivez un texte de 1000 caractères maximum (environ 150 mots) qui sera la suite du dernier chapitre publié et affichez-le sur le blogue ARTV .

Régulièrement, nous publierons le meilleur texte qui sera choisi par un comité de blogueurs d’ARTV. Ce texte deviendra la suite officielle du cadavre exquis 2.0 d’ARTV.

Notez que les blogueurs attendent d’avoir une certain nombre de propositions avant de délibérer.

L’équipe ARTV


Cadavre Exquis 2.0 :
Segment #1 par Claude Meunier

photo par Monic Richard

Mémoires affectées

Alors que j’avais quatre ans, mes parents ont voulu m’envoyer à l’Université de Moscou pour y faire un doctorat sur les gnomes hydriques, ces entités radioactives que Einstein et le Dr. Amidi tiennent responsables de la grippe chez certains trous noirs de l’univers , surtout la partie ouest de l’univers semble-t-il .Comme je n’avais pas encore complété mon cours de physique quantique, on décida plutôt de m’inscrire à la garderie de Minsk où je fis la connaissance de Olga Tchaïkovski, petite-fille de l’illustre compositeur et elle-même prodige du xylophone.

Étant moi-même un virtuose de la bombarde, nous avons rapidement concocté un duo fort populaire. Où que nous allions, dans quelque maternelle ou garderie que ce fût, nos improvisations « xylophone –bombarde » suscitaient l’hystérie, le délire, voire une sorte de pré-beatlemanie.

Olga m’a plu dès le départ. Tout comme moi, elle adorait disséquer les grenouilles à coups de hache et excellait au lancer de l’élastique .Elle pouvait atteindre sa proie en plein visage à une distance de plus de quatre mètres. De mon côté, je l’impressionnais par ma facilité à cracher sur les mouches en vol. De fait nous étions comme deux larrons en foire, deux fanfarons notoires, deux lardons qui « fouèrent » devrais-je dire.

Je nous revois encore, haletants et excités par nos discussions de gamins, discussions passionnées et incessantes à propos des triceps de Spiderman, du stérilet de Miss América ou de « comment on meurt si on se met la tête dans la bouche d’un crocodile ». Moments lumineux.

Puis…

SEGMENT #2 PAR MARC-ANDRÉ RIVARD

Je m’en souviens comme si c’était hier… Hier matin, au beau milieu d’une amusante partie de cache-cache avec Olga et de dangereux rebelles tchétchènes, par ailleurs excellents à ce jeu, je réalisai que je ne comprenais pas un traître mot de russe, de biélorusse ou de all-you-can-russe. Si je maîtrisais parfaitement le pérusse, cela ne m’était malheureusement d’aucune utilité dans cette région du monde où les p’tites voix vites font toujours un effet bof . Heureusement qu’Olga parlait latin. C’est ainsi qu’on arrivait à se comprendre et à disserter sur nos supers héros préférés. C’est d’ailleurs dans cette langue qu’elle me demanda à brûle-pourpoint : «Quousque tandem abutere, Gilles, patentia nostra». Me voyant bouche bée, elle enchaîna aussitôt (je traduis cette fois) : «Gilles, faisons un enfant et donnons-lui le don de la musique. Enseignons-lui le gazou et notre duo pourra enfin sonner comme un trio !». J’eus beau lui répéter que nous venions à peine de célébrer notre 5e anniversaire de naissance, que nous avions encore quelques grenouilles à disséquer et qu’élever un enfant n’était pas un jeu d’enfant, elle ne voulut rien entendre.

Jusqu’à…

SEGMENT #3 PAR ÉLAINE LAFLEUR

Jusqu’à ce que je lui dise : « allons nous coucher et nous en reparlerons demain, la nuit porte conseil ». Je ne pouvais quand même pas lui avouer que j’étais déjà papa d’une petite fille. Le lendemain, voulant toujours la dissuader de cette idée saugrenue, je vais cogner à la porte de sa chambrette. Ne répondant pas, je décide d’entrer malgré tout. J’aperçois tout de suite que quelque chose cloche. Sa chambre est sens dessus dessous et pas d’Olga !!! Elle a été enlevée. Mais par qui ??? Je sortis mon médaillon Alacazou et je regardai les images floues d’Olga se faisant enlever par les dangereux rebelles tchétchènes avec qui on avait joué à la cachette la veille. Elle essayait avec ses élastiques de viser le visage des ravisseurs, sans trop y parvenir, car elle avait une main liée derrière le dos. L’image du médaillon devint de plus en plus floue jusqu’à disparaître totalement, et me laissant perplexe quant aux endroits où elle pourrait être. Je me doutais qu’elle était encore au pays.

Alors …

SEGMENT #4 PAR JOCELYNE HUARD

Alors, je jouai un air secret sur ma bombarde. Dragonade arriva à bride abattue et me prit sur son dos pour parcourir le pays à la recherche d’Olga. Mon médaillon Alacazou ne me servait plus à rien. Et c’est à l’aveuglette que je continuai, peut-être parce que je pleurais. Mes larmes mouillèrent Dragonade ce qui lui fit penser que la jauge sur sa corne indiquait E!

Or, les dragons carburent à la limonade. Dragonade fit le plein de Super Rose à la station service du mont Elbrouz. Pendant qu’il absorbait son mille litres, j’en profitai pour aller me dégourdir les jambes, me restaurer, aller aux toilettes, prendre un sauna et une douche. Enfin revigoré, il ne me restait qu’à me faire la barbe. On est précoce dans la famille! La pioche à la main, je pensais surtout à ne pas me laisser aller à vau-l’eau, le vague à l’âme! Je retrouverai mon Olga! Et lui ferai plein de bébés!

Oh! Miracle! Dans la buée du miroir apparut un message en cyrillique.

Les ravisseurs me fixaient un rendez-vous à:

SEGMENT #5 PAR ROBERT BERGEVIN

Les ravisseurs me donnèrent rendez-vous en terrain neutre à Vladikavkaz au coeur de l’Ossétie-du-Nord. C’est ce que j’ai pu décoder puisque mon tchétchène est assez primaire et le message était écrit avec un fort accent azéri! J’enfourchai donc Dragonade pour me rendre rapidement dans le sous-sol d’une mosquée près du port. Les débardeurs gnomes prirent en note la plaque de Dragonade et me remirent le ticket pour le retour.

En descendant l’escalier sombre de la mosquée, j’entendis une voix crier « B14 » suivi du « N43 ». Ces Tchétchènes m’avaient donné rendez-vous dans un endroit pire qu’un goulag en Sibérie. La salle était remplie de babouchkas attablées devant des cartes de bingo et des jetons en forme d’étoiles ninja. Puisqu’une babouchka en cache toujours une autre, la traversée de la salle allait être périlleuse. Pour ne pas éveiller les soupçons, je m’avançai en dansant le kazatchok et je me retrouvai devant trois portes.

Je choisis donc…

SEGMENT #6 PAR ANDRÉ KIROUAC

Je choisis donc la porte des étoiles, celle qui était juste à côté de mon ami Pierrot que je reconnus à sa longue barbe blanche et à son habit rouge arborant marteau et faucille. Poussant ma quête plus avant, je vis que l’étoile derrière la porte était facilement accessible. Ce qui me permit de découvrir le premier indice laissé là par mon Olga. Indice de satisfaction pour moi qui constatai que l’œil de sa poupée gonflable gisait là comme une vitre gelée pointant son carreau vers le Nord sibérien. L’œil me dit « va, et ne pêche plus ». Comme un poisson dans l’eau fraîche de mon bain, j’enjambai ma canne et titubai de bonheur vers le nord nordais. Errant des jours et des nuits dans ce pays sentant bon la vodka et les mille-feuilles à la crème, je rencontrai mille obstacles tous plus tonitruants les uns que les autres. Joueurs de trombone à caisson ou lanceurs de balles de ping-pong nucléaires, je fis de mémorables jam sessions. Devisant un jour avec un de ces hurluberlus sonores, il m’apprit que la dernière personne avec qui il avait eu autant de plaisir à jammer avait mon âge, 5 ans, et qu’elle se nommait Olga. Mon sang gicla de plaisir et fit trois tours sur lui-même.

Je tenais ma piste qui me mena à…

SEGMENT #7 PAR SYLVAIN DECELLES

Moscou, au cœur du régime. Régime rouge, régime froid, régime gris. Je cherchai au cœur de ces rues désolées la moindre trace de cette Olga aux yeux clairs et aux cheveux flamboyants comme un crépuscule d’hiver. Les rues étaient froides comme un hiver sibérien et les tramways clinquant ne transportaient que des êtres aux yeux hagards. Des corps un peu vides, un peu tristes. À quel endroit pouvait se terrer Olga, Olga dont le nom sonnait comme une exotique pensée…
Et c’est ainsi, qu’en traversant une de ces rues tranquilles, toutes moscovites, je m’accrochai sur un des rails du tramway. Mon corps, s’affalant au sol, je vis des bottes grises, biens ancrées sur la neige. Et ces bottes étaient celles d’Olga. Je la vis me regarder, comme si elle ne voyait qu’un étranger. Et je l’étais au cœur de sa ville. Étranger l’étais-je.
Tout comme son regard.


Cadavre Exquis 2.0 :
Segment #8 Janette Bertrand

Le plus étrange, c’est que je reconnaissais Olga. C’était elle, à n’en pas douter. Ça ne pouvait qu’être elle. Mais Olga n’avait plus cinq ans comme moi, mais était une belle jeune russe blonde et sexy, le genre de filles qu’on voit dans les vitrines de lingerie féminine. Je n’en croyais pas mes yeux. Les bottes étaient les mêmes, les vêtements étaient les mêmes, mais en plus grand. Sa belle grosse face de lune était devenue un ovale parfait, ses yeux étaient tristes mais tout aussi beaux. Ses cheveux que je n’avais vu que nattés ondulaient sur ses épaules. La chenille était devenue un papillon et quel papillon! Ce n’est pas parce qu’on a cinq ans qu’on est insensible aux délices de l’autre sexe. Je devais être sous l’effet du thé qu’une marchande de poupées russes m’avait donné en guise de déjeuner ce matin-là. Du thé magique qui me faisait prendre mes désirs pour la réalité. Je secouai la tête, clignai des yeux, Olga restait là devant mes yeux, déesse inaccessible. Je tirai la langue, signe d’amitié convenu entre nous. Elle tira la langue. Je crachai à terre, elle cracha à terre. C’était bien elle! Je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps. Mes larmes, ô surprise, la firent fondre ou l’effet du thé se dissipa, je ne sais trop et je retrouvai mon Olga et ne la lâchai plus d’une semelle. C’est main dans la main qu’on partit à la recherche du secret de l’embaumement de Staline!

SEGMENT #9 PAR JULIE VAJOU

Nous parcourûmes plusieurs milliers de kilomètres en marchant, afin de retrouver le fameux secret de l’embaumement de Staline. Quelques jours après nos retrouvailles, nous rencontrâmes un vieux monsieur. Au premier regard, ce dernier aurait pu passer pour quelqu’un de parfaitement normal. Mais Olga semblait lui trouver quelque chose de spécial ou d’anormal. Lorsqu’il nous demanda s’il pouvait rester quelques heures avec nous, mon amie accepta sans hésitation, sans doute pour en connaître un peu plus sur lui. Après un copieux repas autour d’un feu de camp, l’étranger, qui se nommait Kourviac, nous révéla qu’il s’était enfui de son village où l’on prétendait qu’il pratiquait le vaudou. Il s’était enfui le jour avant que le village ne décide de le brûler au bûcher. Après ces étonnantes révélations, Kourviac voulut nous offrir un cadeau pour nous remercier. Il sortit quelque chose du sac en jute qu’il traînait avec lui et il nous donna: une assiette de terre cuite. Brune avec des motifs étranges, elle pouvait nous aider a réaliser notre voeu le plus cher.

Il prit ensuite toutes ses affaires et il disparut dans la nuit: comme un mirage…

SEGMENT #10 PAR GERMAIN TREMBLAY

En regardant l’assiette de plus près, Olga, toujours aussi perspicace, remarqua qu’elle était datée du jour de sa naissance. Sans trop savoir pourquoi, elle comprit que cette assiette était en fait un calendrier qui commençait en même temps qu’elle et qui avait également une date de péremption… Aujourd’hui. Qu’est-ce que cela signifiait? Pourquoi cet homme, inconnu de nous deux, nous avait-il remis ce calendrier sans même nous dire un seul mot? Pour la première fois de ma vie, je me mis à penser qu’il y avait peut-être quelque chose de mystérieux dans ce voyage qui se voulait simplement un temps de repos. Mais cela n’avait aucun sens pour moi. Et Olga pleurait. tant et tellement que ses larmes mouillèrent l’assiette qui, en s’imbibant de ce liquide salé, révéla discrètement quelques caractères qui ressemblaient à du grec ancien.

SEGMENT #11 PAR MÉLANIE ROBERT

Olga décrypta le message : « Une femme d’une autre dimension viendra vous faire traverser les sandwichs des mondes parallèles ». Je restai bouche bée. Olga avait cessé de pleurer. Elle souriait même. Ce message la réjouissait. Nous ne connaissions rien aux voyages à travers les mondes parallèles, mais cette perspective nous enthousiasmait. Olga fronça les sourcils soudainement. Elle se demandait qui pouvait bien être cette femme et quel rapport pouvait-il bien y avoir avec sa date de naissance. Je répondis : « Ce n’est qu’une passeuse de frontières entre les dimensions, Olga ». Elle répondit : « À moins que ça soit également une passeuse de mots ». Je restai perplexe devant cette réponse, mais ma douce Olga était si vive d’esprit que je n’argumentai pas.

J’avais vaguement entendu parler de la théorie des cordes qui postulait que nous avions jusqu’à vingt-six dimensions. Olga semblait connaître cette théorie.

Soudainement, un grand éclair de lumière déchira l’espace et…

SEGMENT #12 PAR VIINYSCRIB

Une lumière éblouissante nous aveugla. Après un moment, la lumière s’apaisa, et devant moi je vis cet ange me fixer pour ensuite: http://www.youtube.com/watch?v=ot3cVY1JESQ, et disparaître. Olga dit d’un ton confus: « c’était quoi ça »?

À moi de répondre: « probablement l’effet du thé ».

SEGMENT #13 PAR PASCAL HENRARD

En effet, l’effet du thé que nous venions d’avaler d’une traite et les sandwiches que nous avions grignotés tout en les traversant nous donna des ailes. Il ne nous restait plus qu’à enfiler nos babouches et filer à l’anglaise, comme la clé qui allait nous ouvrir enfin les portes de la vingt-sixième dimension.

Olga ne put retenir une larme d’émotion en entrant dans cette dimension qui suivait la vingt-cinquième et annonçait la vingt-septième. Ça lui rappelait étrangement l’époque où elle vint au monde dans une usine d’assiettes et de calendriers. Elle ne put réprimer un cri qui devait ressembler au premier qu’elle ait jamais poussé.

Ce braillement originel résonna jusqu’au vingtième sous-sol où se trouvait un vieux faux mage qui sentait le Munster et mangeait des croûtes en écoutant l’intégrale des chœurs de l’Armée rouge. Dérangé dans sa méditation il se mit dans un colère furieuse qui déclencha…

SEGMENT #14 PAR JOCELYNE HUARD

Une débandade de toutes les souris présentes dans la bâtisse. Si les petites bêtes cherchaient à en sortir, nous, nous cherchions à y entrer. Malgré la Voix digne d’un castrat qu’on égorge provenant du sous-tréfond, Olga dit:

-On y va?

Elle me montra l’escalier. Étrangement flottait un fort relent de fromage dans l’air.

-Du Munster, me dit Olga.

Je ne possédais pas comme elle un doctorat en fromagologie et n’en reconnus point l’odeur fleurée. La Voix se tut sentant notre approche. Moi, je sentais le danger. A tout hasard, je sortis ma bombarde du fond de ma poche. Olga, pensant en poupée russe, envisagea différents plans mais choisit le premier.

-C’est du Munster? demanda-t-elle à l’homme en pointant du doigt la meule entamée.

Il approuva et lui en offrit un morceau. L’homme n’était ni jeune ni vieux, cachant son jeu sous cape.

Olga tendit la main. C’est alors, qu’il l’agrippa violemment. Mon aimée était en péril!

Je portai ma bombarde à la bouche, en jouai trois notes qui eurent pour effet de…

SEGMENT #15 PAR MARINA LANGLOIS

… pour effet de ramollir l’homme à la cape. Il était devenu tellement mou qu’il s’effondra sur une croûte de pain fait de quatorze céréales. Tenaillés par la fin de cette histoire, Olga et moi sautâmes sur l’occasion pour l’avaler, ainsi que le Munster bien entendu. S’en était fait du vieux faux mage gros, laid et puant, mais combien goûteux!

L’esprit en paix, nous nous sentions envahis d’une nouvelle énergie puissante et salvatrice, prêts à affronter la musique! C’est à ce moment précis que nos regards se croisèrent; nos corps s’étaient transformés radicalement: Olga en xylophone et moi en bombarde. Seuls nos visages restaient intacts avec les yeux sur la si, le nez sur le sol et la bouche sur le do.

Coincés dans la tour de la vingt-sixième dimension, qu’allions-nous faire maintenant pour briser cet ensorcellement?

SEGMENT #16 PAR CAROLINE FRIEDMANN

Transgéniques à cause de la listériose provenant du vieux faux mage Raspoutine, que restait-il de nos amours? Que reste-t-il de ces beaux jours?

Défilait sur une portée de notes lugubres, notre histoire en chansons. La musique de notre duo populaire sur le sol russe où nous avons si souvent songé à un trio, dos à dos, en rêvant au futur. C’est en nous jouant au diapason un accord en ré, mi, fa que le diable d’ensorcellement se brisa. Je palpais Olga pour voir si je n’hallucinais pas lorsque Dragonade apparut dans un nuage radioactif. C’est sur son dos que nous avons traversé en sens inverse les dimensions, bombardant et xylophonant comme des électrons libres.

Nous étions revenus dans la première dimension et…

Cadavre Exquis 2.0
Segment final #17 Simon Proulx

…pour de bon. Du moins le souhaitions-nous. À nouveau un duo, nous serions inséparables comme deux fesses réunies dans un réfrigérateur. Mais la transgénie nous réservait encore des surprises, ou peut-être était-ce toute cette radioactivité? Enfin, durant ce long voyage, nous semblions avoir partagé certains gènes. J’héritai de son talent pour les langues étrangères et tombai à fond la caisse dans l’étude de la philologie slave. Olga, quant à elle, hérita de mon désir pour elle. Cette flamme qui grandissait sans cesse en moi depuis notre rencontre avait vraisemblablement fait pogner le feu en sa demeure. Elle passait de longues heures à se regarder dans le miroir en se disant des compliments pour essayer de se séduire. Réussirait-elle un jour? Me laisserait-elle seul, pour partir en couple avec elle-même? Et qu’adviendrait-il de moi, sans ma belle Olga, serais-je obligé de faire une carrière solo? La simple idée de me retrouver seul, après toutes ces aventures, m’horrifia au point même d’arrêter sec ma lecture de Vladimir Dal pour aller reconquérir Olga. Je me mis beau, usant de tous les trucs à ma disposition : me faisant pousser la barbe en forme de long par ici, me coiffant d’une couronne de fleurs, par là. Puis, armé de tous mes apparats, je lui jouai la plus belle des sonates à la bombarde dans la chaude nuit russe étoilée. Les yeux pleins d’eau, Olga m’expliqua qu’elle n’avait jamais cessé de m’aimer, mais seulement que désormais elle était aussi amoureuse d’elle-même, que comme dans la Légende de Jimmy, elle serait entre elle et moi et qu’en plus d’elle et moi il y aurait elle, que cela était bon et que tout était possible désormais puisque nous étions finalement devenus : un trio.

Merci à tous pour votre participation!

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